Les alentours de Chania et d’Almyrida en Crète

Quand je pars pour découvrir une nouvelle destination j’aime beaucoup discuter avec les habitants. C’est comme cela qu’on profite des endroits les plus intéressants qu’on ne trouve pas forcement dans les guides. Mais pas seulement. C’est de cette façon qu’on se sent vraiment présent, «dans le contexte», et non pas dans une réalité « réinventée » pour les touristes.

Et même si cette fois-ci j’ai opté pour un séjour organisé, j’abandonne une partie d’activités prévues par le programme pour découvrir les alentours de ma destination de base. Le village touristique d’Almyrida (Αλμυρίδα) est une jolie petite station balnéaire qui vaut la visite. Je dis bien le village touristique car peu de Cretois de cru y habitent. En fait, les vrais Crétois quoiqu’ils vivent sur une île ne sont pas pour autant les marins. Ils sont des montagnards ! La plupart des villages au bord de la mer est due à la mode sur le tourisme balnéaire et pour trouver de l’authenticité il faut donc monter sur les hauteurs. Pour cela certains villages ont un double nom – littéralement « village haut » et « village bas » (ex. Zakros et Kato Zakros). Historiquement, les gens vivaient sur les hauteurs où ils avaient leurs maisons et leurs fermes mais avaient néanmoins des habitations rudimentaires sur la côte comme un campement de base pour les pêcheurs.

Je sympathise avec une personne à l’accueil de mon hôtel à Almyrida et lui demande des conseils par rapport aux lieux à visiter. Les critères principaux sont le calme, l’authenticité et l’éloignement des sites touristiques. Je repars donc avec quelques indices pour mon futur programme même si je me fais accompagner par mon ami Grec qui sans être Crétois connaît très bien la région.

Nous décidons de passer une demi-journée à la plage de Seitan Limania (Σειτάν Λιμάνια) qui m’a été indiquée par la réceptionniste mais qui n’est pas marquée sur ma carte. Cela sera une aventure à trouver ce bijou caché.

La plage se trouve dans la zone de Chania (Χανιά), chef-lieu de la région, et une fois passé la ville nous commençons à demander de renseignements. Il faut bien mémoriser tous les indications car Seitan Limania ne figure sur aucun panneau. Nous nous retrouvons finalement à la campagne sans savoir précisément où nous allons. Plus on avance, plus mes connaissances en anglais deviennent inutiles. Je suis donc très contente que mon ami soit là et il fait à présent mon seul lien avec le monde extérieur. Après plusieurs arrêts informatifs et quelques détours nous trouvons enfin le bon chemin. La vue sur la mer qui s’ouvre de la hauteur est à couper le souffle ! Le bleu profond de la mer à l’infini se fond avec le ciel à l’horizon. Ce bleu est renforcé encore plus par le contraste qu’il forme avec la terre jaune et aride. Une fissure dans la roche donne naissance à une crique à l’eau cristalline. Une merveille ! Mais pour y arriver il faut encore descendre une cinquantaine de mètres par un chemin raide et caillouteux (et bien sur, qui penserait aux chaussures de randonnée en partant pour la plage !) C’est sauvage, pas d’infrastructure ni de commerces à proximité. Ce n’a pas été facile à y accéder mais le lieu valait l’effort. Il y a un peu de monde, de jeunes et de moins jeunes, mais plutôt des locaux ou des touristes Grecs habitués de la région. Je regarde autour de moi et remarque : « que ce peuple est beau, en fait !»

Pour la soirée nous nous arrêtons à la ville de Chania pour en découvrir la vie nocturne. Mon ami propose un endroit connu des locaux pour ses saveurs traditionnelles et ses soirées musicales. Au programme de ce soir – rébétiko (Ρεμπέτικο), « la musique de rebelles » portée par le duo de guitare et bouzouki (μπουζούκι). Ce dernier, une variété du luth, est considéré comme un instrument « national » grec. Il retrouve ses racines encore à l’époque byzantine et donne à la musique sa caractéristique sonorité orientale. Né au début du XX ciècle, le phénomène de rébétiko est propre à la population Grecque expulsée des territoires appartenants à l’actuelle Turquie à la suite de la guerre des Balkans, pour les Grecs – « la catastrophe de l’Asie Mineure ». La voix touchante du chanteur nous compte le passé mouvementé du pays. Et ce n’est pas grave que je ne comprends pas un seul mot de ce qu’il chante – toute la peine d’une nation déracinée est là.

L’ambiance qui règne ici est très solidaire ! Les personnes qui sont venues aujourd’hui ne se connaissent pas entre eux mais sont unies par la même envie : écouter de la bonne musique et vivre un moment fort en émotions. Elles écoutent attentivement, beaucoup connaissent les paroles par coeur et chantent avec les artistes. Pour moi, cette soirée a une valeur inestimable, j’ai l’impression d’avoir touché à la vraie Grèce, pas à sa façade pittoresque mais à son âme !

La découverte de la Crète authentique n’aurait pas été complète sans avoir visité ses fameux villages montagnards. Le matin suivant je suis donc à Douliana (Δουλιανά) situé à une dizaine de minutes en voiture d’Almyrida. Le village est très calme et on peut, je pense, le traverser sans croiser un seul autre être humain. Je me dis que cela doit être merveilleux de se réveiller le matin dans un endroit pareil. La tranquillité, la vue sur les jardins d’oliviers et sur la mer plus loin, que peut-on demander de plus pour être heureux! Un café, peut-être… Le seul bar du village n’est pas pourtant prêt à ouvrir si tôt ! A notre question « A quelle heure ouvre le café ? » la réponse est « dès que la patronne se réveille ». Heureusement, après une courte promenade nous retrouvons les portes ouvertes. Le café est préparé et servi par la propriétaire, une femme douce et gentille qui s’excuse d’avoir renversé quelques gouttes de café sur le plateau en le portant. « Vous comprenez, j’ai plus de 80 ans. Mes mains ne sont plus les mêmes. » Elle tient quand même à nous refaire ce café « comme il faut ». Pour laver les mains elle m’accompagne dans son jardin, nous le traversons et rentrons de l’autre côté de la maison. Nous sommes en fait chez elle ! Comme si on est venu boire un café chez sa grand-mère ! Si ce n’est pas un autre monde, c’est au moins une autre époque !

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